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Le bracelet de quartz rose.

 

image1Il était là dans cette librairie, perdu dans ce grand temple de la consommation, il était là perdu au milieu des livres, tous ces livres posés sur de jolies tables, tous ces livres que je ne regarde pas, que je ne touche pas, aujourd’hui je ne veux pas en adopter ! Et pourtant il est là ce bracelet de quartz rose, il m’appelle je l’entends – comme m’appelle « La petite fille de monsieur Linh »[1] doucement je m’approche, je prends le livre, je le touche, je le respire et je l’adopte ! Le bracelet murmure « emporte moi, adopte moi » comme s’il ne pouvait rester loin des mots de Philippe Claudel, j’obéis ; l’un restera à jamais dans mon cœur, l’autre à mon poignet.

Ils sont comme liés, liés dans l’exil, dans la séparation, dans la perte.

Je ne connais pas le quartz rose, alors je lis je m’informe et voilà je découvre :

« Le Quartz Rose est actuellement extrait au Brésil, à Madagascar, en Inde, au Kenya, au Mozambique, aux Sri Lanka et aux Etats-Unis. »

« D’une grande douceur, il est à la fois le début du chemin, l’ouverture à la multitude et aux possibles et le contenu de toutes choses. »

Le Quartz rose, pierre des artistes, elle favorise l’intuition, la création, l’imagination et l’ouverture à de nouvelles directions. »[2] ⁽¹⁾

C’est une pierre liée au chakra du cœur, voilà ce que je retiens !

Rien n’arrive par hasard, en plein chaos de vie, je découvre l’histoire de ce vieux monsieur exilé, je ressens sa détresse mais aussi cet amour infini pour sa petite fille, seul lien, seule raison de vivre ici, petite fille, pauvre disparue pendant l’exil, petite poupée qu’il protège comme une réalité, histoire bouleversante au milieu du chaos et du vide d’amour…petites perles de quartz rose, perles de douceur.

En même temps un petit bout de femme mère au bout du chemin se fond, se confond dans la peur du départ, c’est la tristesse du dernier voyage, elle se débat dans la douleur…

Je ne suis pas prête à la laisser partir, c’est comme quitter pour toujours le pays où j’ai grandi, je ne suis pas prête à son exil, à mon exil. Le chaos des sentiments mêlés me ronge, alors je caresse les petites perles de quartz rose, elle me regarde, me regarde faire, elle dit : « oh il est beau ton bracelet, c’est de la pierre, c’est quoi ? »

J’ôte le bracelet de mon bras et tout en expliquant ses vertus je le glisse sur son poignet minuscule qu’il ne quittera plus. Les mots sont souvent inutiles j’avais transmis mon amour, ma douceur, c’était le début d’un chemin. Ce n’était pas le premier départ, c’était le point final à l’histoire de l’enfant, le temps de n’être plus la mère de ma maman, le temps d’être le parent de mon enfant, le temps de poursuivre mon chemin en me nourrissant de mes racines disparues, celles qui ont fait de moi ce que je suis, le temps de vivre dans la douceur du souvenir et d’avancer !

À sa demande, je suis retournée chercher un nouveau bracelet, c’était notre lien, rassurant, une présence dans l’absence à venir…quelques jours plus tard elle est partie, les petites perles de quartz rose éteintes de vie à son poignet, les petites perles de quartz rose chargées de la douceur de la vie à mon poignet, il ne m’a plus quittée,

il s’est chargé au fil du temps de ce que je porte en moi, je l’ai porté jour après jour en pensant à monsieur Linh, en pensant à la mamma morta avec émotion, tendresse et douceur.

Les rencontres ne sont pas des hasards …

Sur mon chemin de terre aride, dans le désert semé de pierres du silence, j’ai découvert une Ôasis, j’ai bu à la fontaine de ses mots, sa voix m’a montré un chemin, nouveau chemin riche de nos mots, puis de nos maux, mélange de rire et de larmes.

Un jour le cœur de mon Ôasis était dans la désespérance, je n’ai pas prononcé de mots, j’ai ôté le bracelet de quartz rose et je l’ai glissé à son bras…

Bientôt les petites perles roses chargées d’amour et de douceur partiront vers un voyage, retour aux sources d’une Ôasis, les petites perles se sont échappées de leur fil, mais sur un fil ou dans un mouchoir elles partiront en voyage je vous le dis, il n’existe pas de hasard !

Je ne suis d’aucun exil, je n’ai fui aucun pays pourtant jour après jour je fuis les terres stériles de la peur et je m’exile hors de ma cage vers un pays de douceur, un pays du tout possible, Ô toi, pays de l’écriture.

Clara Delange

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[1] Philippe Claudel, Livre de poche 2007

[2] http://www.cristaux-sante.com

 

 

 

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